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Stefan Nebel et Didier Van Keymeulen n'y vont pas de main morte dans les compétitions du Superbike IDM avec leurs KTM RC8 R. Rétrospective de la première mi-saison.

Les bolides orange

Le KTM Superbike Team Germany est en pleine première saison. Le camion du team qui fait 16 mètres de long se rend à chacun des huit rendez-vous de compétition avec sept tonnes de matériel dans le ventre : quatre engins de course, les outils, le matériel d'équipement des box, les pneus, les ordinateurs, les pièces de rechange. Le jeudi, on monte les box, une demi-journée, pas plus. Le tracteur, un MAN TGA 18/480, ne fait pas palpiter que les cœurs des camionneurs : son moteur diesel V8, de 12,4 litres, fournit généreusement 480 ch. Le team de Superbike-IDM, c'est onze personnes. Deux conduisent le camion depuis la base du team d'Ainhofen en Bavière jusqu'aux circuits, les autres suivent dans deux Sharan VW. Plus les deux pilotes, qui voyagent en camping-cars.


 

Le coup d'envoi de l'IDM au circuit de Lausitzring a commencé sur un orange du plus bel effet. À l'issue des tests chrono, les deux KTM RC8 R sont en première ligne. Van Keymeulen en pole position, Nebel en n° 2. Euphorie tangible dans le team, forcément, parce que ce n'était pas du tout évident. Malgré plusieurs chutes aux essais, les deux pilotes ont décidé de faire sauter les verrous.


 


Mais en compétition, la situation se présente tout autrement. Stefan Nebel n'arrive pas à suivre le rythme des hommes de tête Jörg Teuchert (Yamaha) et Martin Bauer (Honda), et atterrit en 4e place dans les deux courses. Didier Van Keymeulen jette l'éponge au premier passage à cause d'un défaut du moteur, mais met le paquet et enlève la troisième place dans la deuxième course. Bon. Une place sur le podium dès le début du championnat, ça veut peut-être bien dire avoir gagné ses galons.

Konrad Hefele, chef du team : « Nous nous attendions à une bonne performance mais alors, d'emblée, la double pole, c'était surprenant. Pendant la course, Stefan était trop agressif, pas assez coulant, après son année de pause. Quant à la défaillance moteur de Didier, autant pour nous. On aura au moins appris quelque chose. La place sur le podium nous a vraiment fait plaisir. Apparemment, nous sommes compétitifs et pouvons peut-être bien jouer dans la cour des grands. C'était exactement notre objectif ».


 


La Superbike bicylindre de KTM, 1190 cc, dégage 190 ch. D'après le Règlement de l'IDM, les twins doivent encore peser 170 kg, essence comprise, au pesage à l'arrivée. Le poids minimum pour les 1000 Fours est de 162 kg. Alors, comme la RC8-R est très légère, il faut lui rajouter 8 kg. KTM utilise l'alliage de tungstène dit »Triamed« comme poids de complément, réparti sur trois points à l'avant afin de contrer d'éventuels wheelings.


 


La deuxième compétition, à Oschersleben, démontre amplement l'âpreté du combat engagé dans l'IDM Superbike. Les 13 premiers pilotes en sont à une seconde après les tests! Van Keymeulen arrache la place de départ 6, Nebel démarre dixième. Didier survit à un crash dans les rapides « Dreifach-Links » à 200 km/h. La cage thoracique a souffert mais le Belge serre les dents et reprend la course. Au cours du tour de chauffe le dimanche, il se retrouve encore sur les fesses.

Incroyable : dans le virage de l'hôtel, la piste était encore mouillée à la suite du passage matinal d'un véhicule de nettoyage. Deux autres pilotes rippent également, et ce n'est qu'après que les drapeaux d'avertissement ont été installés...


 


La course – aux allures de tournoi – se poursuit. Van Keymeulen avait chaussé des pneus durs pour mieux tenir sur la distance. Ce qui signifie que pendant les premiers tours, l'adhérence n'est pas géniale. Lors de ses tentatives pour se maintenir en troisième position, la roue arrière rippe toujours. Il peut la contrôler un certain temps, mais à un moment donné, elle le dépasse. Nebel, quant à lui, doit éviter une collision dans le virage de départ et atterrit dans le décor. Tout seul derrière, il retrouve la piste, se bat comme un lion, dépasse au moins un concurrent à chaque tour et finit bravement septième.


 


Dans la deuxième course, Van Keymeulen décide de changer de pneu. Malgré cela, il perd quelques positions et finit septième. Après un meilleur départ, Nebel pour sa part s'approprie une solide 5e place et encaisse plein de points.Dans la foulée et sans traîner, la troupe KTM déménage vers le circuit du Nürburgring pour les tests. Pendant que Nebel fait consciencieusement ses tours et collectionne les points, le démon des chutes s'empare de nouveau de son collègue. Ayant chaussé, à titre d'essai, un pneu de 200 (en général on met un pneu de 190 à l'arrière), Van Keymeulen est perfidement éjecté dans la chicane au Highsider. La moto prend feu... il n'en restera pas grand-chose...

Que disent les mécaniciens, au fait, lorsque la voiture-balai décharge une moto en lambeaux devant le box?


 


Timo Dinkel, mécanicien de Van Keymeulen : «La première question est toujours : est-ce que le pilote va bien ? C'est le plus important. Et puis après, les motos, pour moi, c'est un peu mes bébés. On est toujours en train de travailler dessus, pendant la préparation à l'atelier, dans le box, sur le circuit, on y investit beaucoup de temps, de soin et d'effort, dans chaque détail : on les chouchoute. Et puis il arrive qu'elle revienne, tout cassée. Bien sûr ça fait tout de même quelque chose. Mais bon, après, on recommence à zéro ». Manuel Strell, mécanicien de Nebel : « Une moto accidentée, ce n'est pas joli-joli.


 

Mais j'essaie de voir cela d'un point de vue sportif. On ne peut pas faire d'omelette sans casser d'œufs. Si elle peut permettre au pilote d'aller encore plus loin, c'est pas grave. Alors après, on travaille aussi volontiers jusqu'à minuit. Être mécanicien de course, ce n'est pas un job où on s'arrête à 5 heures pile».


 

Lorsque le team revient au Nürburgring deux semaines plus tard pour la compétition IDM, l'action s'annonce prometteuse. Au premier test chrono, les deux KTM pointent leur nez devant, un seul concurrent se positionne à côté d'eux dans la deuxième session de qualification. Les deux bolides orange peuvent donc démarrer en première ligne.


 


 

Ils finissent aussi de manière respectable les courses sur le circuit de l'Eifel riche en virages. Stefan Nebel termine deux fois deuxième. Didier Van Keymeulen remporte deux fois la sixième place – pas si mal d'être remonté au front après ses aventures des pré-tests avec un poignet bandé, une épaule démolie et un coude en miettes. À la fin de la journée, Nebel s'affiche à la deuxième place au tableau des points et, cerise sur le gâteau, le chef du team peut monter sur le podium pour recevoir le trophée récompensant la meilleure performance de team.


 

La mention « à voir absolument » est à décerner à la deuxième course du Nürburgring. Au départ, les deux KTM tricotent allègrement les lignes droites. Van Keymeulen amorce en premier le premier virage, puis Nebel prend la relève avec détermination. Le match électrisant avec les leaders de l'IDM Teuchert (R 1) et Arne Tode (Fireblade) ne va être tranché que dans les tout derniers tours. Nebel : « Ma RC8 R était parfaitement réglée, seulement à la sortie d'un virage rapide à angle droit, le Hatzenbachbogen, je n'ai pas pu donner du gaz assez tôt. Arne Tode en a profité. Il a accéléré plus tôt et a donc pu me freiner avant la chicane suivante. Une fois à droite et dans le dernier tour à gauche. Quelle insolence! »


 

Et ensuite, le Sachsenring. La quatrième course de la saison se présente sous l'aspect d'un week-end épineux. Ne serait-ce déjà qu'en raison d'un temps véritablement capricieux. Nebel, qui a contracté une infection virale sournoise, se bagarre sans conviction.


 
 

Van Keymeulen sait entre-temps pourquoi les douleurs et l'insensibilité dans son poignet droit le tourmentent depuis le test-Highsider. Le scaphoïde du carpe droit est cassé ; cet os ne se répare que lentement car l'irrigation sanguine se fait mal et en outre il est fortement sollicité pendant le pilotage. Notre Belge, qui peut être incroyablement dur avec lui-même, fait malgré tout la course, poignet bandé bien obligatoirement.


 

Le Sachsenring est terra incognita absolue pour le team KTM. Que des points d'interrogation sur le set-up, la transmission et les pneus. Pirelli a apporté des gommes spéciales pour le circuit – 3 virages à droite et 10 à gauche – plus dures à gauche qu'à droite. Le deuxième training se fait littéralement dans l'eau après une averse ; au cours du premier, Didier a déjà fait une chute au bout de 4 tours dans le virage final du Bergauf parce que la fourche s'est bloquée. Verdict : place de départ 16. Stefan doit démarrer en position 13. 


 

Pour la course, après encore une averse, il semble évident que les pneus pluie soient de mise sur tout le circuit. Mais la piste sèche à une vitesse incroyable. Le duo KTM patauge jusqu'au but sur des pneus désagréablement décomposés, Nebel dixième, Van Keymeulen treizième.Et la deuxième course se poursuit sous une pluie incessante. Nebel fouette sa RC8 R jusqu'en place 6 à travers les embruns et DVK remonte en place 10. Le tableau du championnat fait pitié. Stefan Nebel qui collectionne les points aussi consciencieusement qu'un écureuil, se maintient cependant encore en deuxième position.


 
 

Salzburg en Autriche, cinquième station de l'IDM. La compétition « maison », à un saut de puce quasiment de Mattighofen. Et pas moins de 700 « Orange » vont y débouler, du PDG au portier, des départements Production et Administration, sans compter les potes, les sponsors, les clients et les distributeurs, enfin quasiment toute la boîte.


 

Une belle tribune KTM est installée, avec tout autour de l'orange : des véhicules, des stands et des constructions agrémentant le paddock. Une X-Bow est prévue pour « promener à 200 à l'heure » les invités pendant la pause le jour de la compétition sur la piste highspeed. Dans la salle de presse, le journal local à grand tirage « Salzburger Fenster » affichant une photo d'action RC8 R surdimensionnée se trouve sur le présentoir.


 

Le rédac' chef du Fenster, Achim Blum, explique : « Le festival de Salzbourg va commencer cette semaine. J'ai dû me battre âprement mais j'ai pu m'imposer – la première page est pour l'IDM Superbike ». En quelque sorte la première victoire pour KTM avant même que ça démarre.


 

Dans le box, tout le monde est concentré, comme d'habitude. Visser, analyser, optimiser. Le vendredi, le premier training est tout mouillé, le second sec. Et pour le training de qualification le samedi, c'est exactement l'inverse. Au final : Nebel part troisième dans la première ligne, Van Keymeulen atterrit en place 20. Pourquoi le Belge ne peut-il partir que de la cinquième ligne ? À cause de problèmes de moteur au cours du premier test chrono après seulement trois tours. Pourquoi le Belge ne peut-il partir que de la cinquième ligne ?


 


 

À cause de problèmes de moteur au cours du premier test chrono après seulement trois tours. Le deuxième training se passe sous une pluie battante, même pas la peine de penser à améliorer les temps.


 

Mais qu'est-ce qu'il a, ce moteur ? Le chef du team, Hefele, hausse les épaules : « En général, on tourne à 10 500 tours. 11 500, c'est déjà critique. L'enregistrement des données (le data recording) indique 13 000. Un coup classique ». En tout cas, plus personne ne peut en vouloir à Didier.


 

Le circuit de Salzbourg avec de longues lignes droites et des virages amples, est démentiellement rapide. Heinz Payreder, spécialiste du data recording : « Un tour dure 80 secondes, dont 43 à plein gaz, soit nettement plus de 50 %. En comparaison, le pourcentage « plein gaz » du circuit du Sachsenring qui a beaucoup de virages n'est que de 30 % ». C'est donc sur les longues lignes droites de Salzbourg que l'on relève les vitesses les plus élevées. Les grands pros filent tous ici à des vitesses de 280 à 295 km/h. Et ce, bien que le circuit grimpe légèrement.


 

Une de ces lignes droites aboutit dans le virage sournois à droite, au-dessus du paddock des pilotes. Avec, juste avant, un petit à gauche « qu'on peut encore engager en 6e », d'après Stefan Nebel. « Et puis après il s'agit de redresser, de freiner très léger, de passer en deuxième et hop d'engager à droite. C'est le virage le plus palpitant du monde. À chaque tour, je retiens ma respiration. Il faut vraiment se maîtriser, garder la vitesse le plus


 


 

longtemps possible, à l'instinct, quitte à ne pas « écouter » ses yeux et son cerveau. Aucune échappatoire. Si tu fais une erreur ici, c'est fichu ».


 

Stefan Nebel se hisse en cinquième place dans la première course avec un pneu avant affaibli. Pour le deuxième passage, il chausse un pneu plus dur, tient le rythme contre Daemen (BMW), Meklau (Suzuki), Tode (Honda) et Rizmayer (Suzuki), se maintient un bon bout de temps et pour finir, arrache la troisième place. Le pilote allemand de KTM a donc pu se retrouver une fois encore sur le podium et sabrer le champagne avec les autres. Mais avant, il n'a pas manqué d'aller dans la tribune KTM où il a été reçu par une énorme standing-ovation.


 

Didier Van Keymeulen démarre tant bien que mal placé 20. À la première course, il remonte férocement en place 11. Dans la deuxième, il perd sa place après le départ à cause d'une manœuvre de freinage dans la chicane, il s'accroche avec un concurrent et finit dans le décor.


 

Voilà. La mi-saison est passée. À qui allons-nous demander un résumé ? À Salzbourg, Martin Bauer croise notre chemin au paddock : c'est le champion en titre qui s'est blessé dès la deuxième compétition à Oschersleben et a depuis été obligé de rester spectateur. « Que peux-tu nous dire de KTM dans l'IDM Superbike ? » Bauer en direct : « Vos hommes KTM font une très bonne impression, ils sont d'emblée très compétitifs. J'en ai été surpris. Non, on ne s'y attendait pas. Ils ont déjà des places sur le podium ; être tout en haut, c'est encore une histoire de temps mais ça va venir, ça, c'est sûr ».